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Champignons

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Découverte du monde des champignons

Date de création :
07 octobre 2008 à 00:00

Date de modification :
07 octobre 2008 à 00:00


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INTOXICATIONS

LE PAIN MAUDIT DE PONT ST.ESPRIT

date 03-02-2009 - Voir tous les articles de la catégorie INTOXICATIONS INTOXICATIONS - com 0 commentaire(s)-

LE PAIN MAUDIT DE PONT ST.ESPRIT

MIDI LIBRE DU 28 AOUT 1951 LE PAIN MAUDIT DE PONT SAINT ESPRIT A partir du 17/08/1951 plus de 300 personnes à Pont Saint Esprit (Gard) commencent à manifester des comportements anormaux: violentes hystéries, hallucinations visuelles et sensorielles, hyperactivités motrices. 7 d’entre eux décèderont, 50 seront internées dans les Hopitaux psychiatriques de Montpellier, Nîmes, Lyon, Avignon et Orange. Plus de 250 montreront des symptômes plus ou moins graves: sensations de froid, nausées, vomissements, douleurs gastriques, convulsions, hallucinations, euphorie, crises dépressives, tendances suicidaires, etc.... La population spiripontaine est terrorisée et la peur gagne toute la France. Les médecins Messieurs Vieu et Gabbai ne savent plus ou donner de la tête, le point culminant fut atteint la nuit du 24 Août, le Dr. Gabbai décrivit cette dernière comme sa “nuit d’apocalypse”. “Toute cette nuit-là, des voitures, des charrettes, toutes sortes de moyens de transports amèneront à l’hopital des malades gémissant ou hurlant, en proie à des phantasmes de violence ou de peur -.....les malades se croient entourés de flammes; c’est ce qui les poussait vers les fenêtres......ils étaient éblouis de visions violemment colorés” (John G. Fuller - The day of St.Anthony’s fire 1968). L’Affaire du pain maudit commençait. Que c’était-il donc passé? D’entrée on a supposé que l’on était dans le cas d’empoisonnements dûs à l’ergot de seigle (Claviceps purpurea). Ce champignon est un parasite des céréales qui contient divers alcaloïdes polycycliques dérivés naturels de l'acide lysergique. C’est un champignon microscopique appartenant à la classe des Ascomycètes. Il parasite notamment le seigle et le blé. (voir catégorie « Les Champignons dans l’Histoire » - Le mal des ardents). Cette hypothèse est confortée par le fait que tous les malades avaient consommé du pain acheté dans la boulangerie Briand, Grand’rue à Pont St. Esprit, dont la farine aurait été contaminée par l’ergot de seigle, ce que confirme d’ailleurs une analyse effectuée à Marseille par le laboratoire de toxicologie. L’ergotisme provoque une maladie très grave qui chez l’Homme peut revêtir plusieurs formes: - la forme gangréneuse qui est caractérisée par des plaies qui rongent les extrémités jusqu’à en provoquer le détachement du corps. - la forme convulsive, également appelée Feu de St. Antoine, qui se présente sous forme de fortes hallucinations et d’excitations physiques similaires à ce que provoque le L.S.D. qui est d’ailleurs un dérivé de composés issus de l’ergot de seigle. Trois siècles auparavant les malades auraient certainement été accusés de sorcellerie et peut-être brûlés ou pendus (voir catégorie « Les Champignons dans l’Histoire » - Les sorcières de Salem). Les effets psychiques ne disparurent qu’après quelques mois et la situation ne revint à la normale que vers la fin Octobre. Les responsables. L’enquête du commissaire Sigaud s’oriente très rapidement vers deux moulins qui ont livré les farines à la boulangerie Briand, l’un dans l’Indre, l’autre dans la Vienne. Mais c’est la minoterie de la Vienne, appartenant à Mr Maillet à Saint-Martin-La-Rivière qui intéresse particulièrement le commissaire Sigaud car elle a fourni le lot de farine le plus important. Le 31 Août le minotier Maillet est arrêté, il est accusé d’avoir incorporé dans la farine du seigle avarié que lui aurait fourni un boulanger du nom de Guy Bruère. Maillet avoue et déclare: « je n’ai pas osé livré cette marchandise de mauvaise qualité dans ma commune, alors je l’ai expédié à Pont St. Esprit ». Le 1er Septembre le boulanger Bruère est arrêté à son tour. Le boulanger Briand de Pont St. Esprit déclara quant à lui: « j’ai constaté que la farine n’était pas de bonne qualité parce qu’elle collait aux doigts. Elle était grisâtre ». Pourquoi Briand n’a-t-il pas refusé cette farine? L’explication: - Un décret paru le 28 Juillet 1949 précise: « à compter du 1er Août 1949 le ravitaillement en farine sera assuré soit par l’Office Interprofessionnel des Céréales, soit par les ventes directes de la minoterie aux boulangers ». Malheureusement ce décret ne fut pas appliqué dans le Gard, l’Hérault ni les autres départements petits producteurs de blé. Les boulangers des départements producteurs de blé avaient donc eux la faculté de choisir leurs fournisseurs quant aux autres ils étaient approvisionnés par l’Office Interprofessionnel des Céréales. Les farines livrées par cet Office étaient de qualité irrégulière car sorties du circuit commercial elles étaient entrées dans le domaine de l’administration. Aucun recours n’était possible sauf dans le cas où la farine étant impropre à la consommation, il y aurait un risque pour la santé du consommateur!! Ce qui s’est passé à Pont St. Esprit aurait pu se passer dans n’importe quelle autre ville du Midi, le hasard a voulu que ce fut Briand qui cuise ce pain maudit. Et Maillet dans tout cela? Il porte deux casquettes: - il était minotier dans la Vienne, un bon minotier qui vendait une excellente farine à ses concitoyens - et il était fonctionnaire de l’Office Interprofessionnel des Céréales dans le Gard, ce qui lui permettait d’écouler dans ce département toutes les farines de mauvaise qualité dont ses bons clients ne voulaient pas. Un fonctionnaire sans scrupules en fait!! Le 2 Septembre une deuxième expertise affirme qu’il n’y a pas d’ergot de seigle dans le pain contaminé et les résultats sont donc contradictoires avec l’analyse du laboratoire de toxicologie de Marseille. Pour la petite histoire notons que cette deuxième expertise a été effectuée par le laboratoire des substances militaires de Marseille (sic). Le juridique: Le 14 Septembre Maillet revient sur ses déclarations et selon d’autres enquêtes l’empoisonnement aurait été provoqué par un fongicide agricole, le Panogerm, qui aurait pu contaminer la farine, ou encore par une pollution dûe au mercure. Ce qui semble arranger tout le monde: tous les intérêts financiers et politiques, voire juridiques et scientifiques. Le procès intenté contre Maillet finit par un non-lieu en 1954, confirmé par la Cour d’Appel en 1960 ainsi que par la Cour de Cassation. Le boulanger Briand quant à lui se retourne contre l’Office Interprofessionnel des Céréales qui lui avait livré la farine. Le procès s’ouvre à Uzès en 1957. Le premier jugement en 1958 est défavorable à l’Office qui sort victorieux de l’Appel à Nîmes en Avril 1960. La Cour de Cassation rend une décision définitive au profit de l’Office en Mars 1975, soit près de 24 ans après l’empoisonnement. Le boulanger Briand était déjà décédé!!!. Le mystère du pain maudit n’a jamais été élucidé. Tout le monde se fera son idée !!!! Jean-Mi Sources: Midi Libre du 28/08/1951 - Midi Libre: Les années 1951-1952 - John G. Fuller: The day of St.Anthony’s fire - Steven L. Kaplan: Le pain maudit - Jean-Mi: Passion Champignons

Auteur Champignons


TCHERNOBYL ET LES CHAMPIGNONS

date 11-10-2008 - Voir tous les articles de la catégorie INTOXICATIONS INTOXICATIONS - com 0 commentaire(s)-

TCHERNOBYL ET LES CHAMPIGNONS
Le problème Tchernobyl: le 26 avril 1986 l’explosion d’un réacteur de cette centrale nucléaire soviétique en Ukraine, projeta dans l’atmosphère des tonnes de produits radioactifs. Durant les jours qui suivirent un nuage toxique se promena au-dessus de l’Europe, au gré des vents, en libérant du césium 134 et 137. A l’Automne suivant les champignons présentent un taux de radioactivité anormalement élevé, et on se rendit compte qu’ils étaient d’excellents accumulateurs de radio éléments, de césium 137 en particulier (la présence de césium 137 dans un organisme vivant n’est jamais naturelle, elle est toujours liée à une contamination nucléaire). Les pays européens fixèrent la norme maximun autorisée pour les champignons à 600 becquerels par kilogramme (bq/kg). L’explosion de Tchernobyl a disséminé dans l’atmosphère des radiations d’une force équivalente à 200 bombes d’Hiroshima. Il faut 30 années pour que le césium 137 perde la moitié de sa radioactivité, en 2016 la contamination atteindra la moitié du niveau de 1986 et il faudra 30 ans de plus pour qu’elle perde la moitié de la radioactivité restante, en 2046 nous serons donc au quart de la contamination de 1986. Alors que les traces de Tchernobyl disparaissent peu à peu de la plupart des aliments, ils sont toujours présents dans les champignons et souvent ils dépassent, et de beaucoup, les 600 bq/kg autorisés. En 1998 des champignons cueillis en Ukraine, en dehors de la zone interdite (30 km. autour de la centrale), présentaient des taux 300 fois supérieurs à la norme autorisée. Un Paxille enroulé (P.involutus) atteignait 193 586 bq/kg, un Bolet tacheté (B.variegatus) 124 531 bq/kg; d’autres cueillis dans une zone allant de 40 à 150 km. de la centrale affichaient une radioactivité moyenne de 4200 bq/kg, certains même 15 515 bq/kg. En 2004 une conserverie ukrainienne vendait des conserves de champignons irradiés, en 2004 toujours l’Administration finlandaise des radiations et de la sécurité nucléaire mettait en garde contre la consommation de certaines espèces comme les Pieds de mouton (Hydnum repandum) et les Pholliotes ridées (Pholiota caperata). Mais en France également, dans des zones particulièrement contaminées en 1986 (Vosges, Haut Var), des champignons présentaient des taux anormalement élevés de plus de 5000 bq/kg et des sangliers plus de 2000 bq/kg. Ces derniers se nourrissent de racines, de glands et de champignons se trouvant dans les premiers centimètres du sol forestier, là même ou se développe le mycélium du champignon qui avec son vaste réseau souterrain concentre les minéraux, il piège ainsi le césium, de même d’ailleurs qu’il piège les pesticides. Ce sont les champignons forestiers qui présentent les plus forts taux de radioactivité alors que ceux des prés, champs et prairies sont les plus contaminés par les métaux lourds. Il faudra attendre près d’un siècle pour que la situation redevienne normale, à condition bien sûr qu’il n’y ait pas d’autres accidents nucléaires. Mais Tchernobyl n’est pas le seul responsable de cette contamination, les essais nucléaires y ont également contribué. Lors d’achat de champignons sauvages, renseignez-vous sur leur provenance, refusez systématiquement ceux qui ont une origine douteuse ou qui nous parviennent des pays fortement contaminés par le nuage toxique d’Avril 1986 (Europe de l’Est ou du Nord). Des filières qui écoulaient des champignons contaminés des pays de l’Est, en occultant leur provenance, ont déjà été démantelées, souvent des cèpes russes, polonais, ou encore lithuaniens se transformaient en superbes cèpes de Lozère ou du Périgord. En 2002, lors d’achats dans une grande surface réservée aux professionnels de la restauration j’aperçu des girolles à un très bas prix. Ce prix m’inquiéta et j’eus un doute concernant leur provenance. Mais comme elles étaient présentées dans des caissettes portant l’inscription “Les Champignons du ...... ( une région française), je fus rassuré et j’en pris 2 caissettes. Ce n’est que lorsque je fus en possession de la facture que j’eus connaissance de leurs origines: Russie et Lithuanie. Les champignons de ........ n’étaient en fait que l’importateur! Extrait du livre "Passion Champignons" de Jean-Mi

Auteur Champignons


INTOXICATIONS A LODEVE (34) AU XIXème SIECLE

date 07-10-2008 - Voir tous les articles de la catégorie INTOXICATIONS INTOXICATIONS - com 0 commentaire(s)-

INTOXICATIONS A LODEVE (34) AU XIXème SIECLE
Intoxications dûes aux Champignons - fin du XIXème siècle - dans la région de Lodève (Hérault) Ces observations sont tirées du livre: Les Champignons comestibles et vénéneux, de la région de Montpellier et des Cévennes (1883) de Louis PLANCHON de la Faculté de Médecine de Montpellier. "Il faut remettre ces observations dans le contexte de la fin du XIXème siècle alors que les champignons étaient un apport en nourriture non négligeable pour une grande partie de la population, la plus démunie évidemment. Les connaissances mycologiques se limitaient le plus souvent à des boniments venus de la nuit des temps et la mycologie elle-même n'était pas encore une science exacte, elle ne l'est pas encore totalement de nos jours. Preuve en est qu'un certain nombre de champignons considérés il y a quelques années encore comme comestibles ne le sont plus aujourd'hui (Gyromitres, Helvelles, etc...). Et que dire de ce Tricholome équestre, excellent comestible jusqu'en 2001 et très recherché, mortel aujourd'hui après une consommation excessive ou répétée (3 déces lui sont imputés dans le Sud-Ouest de la France, ou il abonde, entre 1992 et 2000). Ce Tricholome est interdit à la vente et à l'importation par un décret du 19/09/2005 (J.O. du 21/09/2005). Mettez vos livres à jour! Certaines observations (7 et 8) sont très émouvantes voire "pathétiques." -Jean-Mi- Observations (Louis Planchon 1883 texte original) Les pluies de Septembre 1882 ont singulièrement favorisé la croissance des champignons. Mais par un hasard jusqu'à présent inexpliqué, l'Oronge, qui abonde d'ordinaire sur le marché de Lodève, y fit à peu près complétement défaut. Ainsi les habitants de cette ville remplacèrent-ils leur plat ordinaire de champignons par ceux qu'ils trouvaient ça et là dans la montagne. Les résultats de ces imprudences ne tardèrent pas à se monter et des accidents nombreux se produisirent. Monsieur le docteur Réfrégé, de Lodève, eut l'obligeance de me prévenir que plusieurs cas d'empoisonnement s'étaient présentés dans sa clientèle, et de m'engager à venir prendre moi-même les observations. Je remercie ici publiquement cet habile et savant praticien de la complaisance dont il a fait preuve, en m'accompagnant auprès de ses malades, et des services qu'il m'a rendu, en complétant, par ses précieux renseignements, les lacunes que mon inexpérience eût certainement laissées dans ces observations. La plupart des accidents sont dûs, comme on va le voir, à l'Agaricus bulbosus (1). J'ai dit déjà comment cet Agaric occasionne de nombreux malheurs par son aspect engageant. Les symptomes, dans les cas qui vont suivre, sont remarquables à plus d'un titre. Mais il convient d'exposer les faits, et de les comparer ensuite aux résultats des expériences. Observation 1 Empoisonnement par les champignons - Espèce mal déterminée - Vertiges, ivresse, vomissements - guérison. A la fin de septembre 1878, Mme A.Benoit et sa fille, demeurant près de Lodève, à 1 km du hameau de Campestre, vont ramasser des champignons sur le plateau de l'Escandorgue, non loin de la baraque de Branle. Dans toute leur récolte un seul champignon leur paru suspect, mais la présence de la collerette leur sembla une garantie suffisante, et elles le mirent avec les autres. Le soir même, elles mangent la plus grande partie de ces champignons et s'en trouvent fort bien. Le lendemain, elles font cuire le reste, y compris le champignon douteux, et mangent leur plat au diner, vers 6h30 du soir. A table même, elles se sentent prises l'une et l'autre de somnolence, se couchent de bonne heure et s'endorment. Vers 10h du soir, la fille se réveille avec un malaise assez prononcé, la tête lourde. Elle appelle sa mère, qui éprouve au même moment des symptômes identiques. L'une et l'autre pensent alors aux champignons de leur diner; elles se lèvent en tâtonnant, la tête très lourde, les jambes vacillantes, et passent avec peine dans la pièce à côté, où elles se mettent en devoir d'allumer du feu pour faire de la tisane. Leurs idées étaient déjà troublées, au point qu'au lieu d'allumer le bois dans le foyer ordinaire, elles le placent au milieu de la pièce et y mettent le feu. Alors leur ivresse devient complète; elles se mettent à danser et à sauter autour du feu, toutes deux, pieds nus et en chemise. La vue de la flamme qui s'élevait assez haut éveilla pourtant chez la mère l'idée d'unincendie; elle chercha à l'éteindre avec une carafe d'eau; mais les forces lui manquent, et elle tombe sans connaissance à côté du feu. Le danger que courre sa mère dégrise un peu la jeune fille, qui veut aller chercher du secours. Elle met, dit-elle, plus d'un quart d'heure pour trouver la porte, l'ouvre enfin et sort en chemise, sous la pluie fine qui tombait. Il est à peu près 11h du soir. Elle descend un escalier extérieur d'une vingtaine de marches, arrive sur la route détrempée et se dirige vers Campestre, ayant assez de tête pour se rappeler qu'elle était dans de mauvais termes avec son plus proche voisin et qu'il lui répugnait de s'adresser à lui. Néanmoins, sentant ses forces la trahir, elle se décide à frapper à cette porte, qui se trouve à plus de 200m de la sienne. L'idée du costume où elle se trouvait ne lui vînt même pas. Le voisin ouvre, surpris de la voir en cet état. A peine a-t-elle la force de lui dire: ma mère!...le feu!... au secours! On la couche dans un lit et en s'empresse de courrir à la mère qu'on trouve toujours sans connaissance auprès du feu qui brûlait. M.le docteur Réfrégé, appelé en toute hâte, accourt et trouve les deux malades guéries. Elles avaient l'une et l'autre vomi: la fille d'abord, la mère une heure plus tard, et tout s'était complétement dissipé. Il était 2h du matin. Les malades se sentaient bien, brisées seulement et la tête un peu lourde. La fille se remit très vite. la mère passa environ trois mois sans reprendre sa vigueur ordinaire ni son intelligence normale. Ces détails m'ont été donnés par les deux malades, dont l'une, la mère, ne se rappelle rien à partir du moment où elle entra dans la cuisine, et dont l'autre, bien qu'ayant au moment même perdu la notion du tout, a retrouvé, le lendemain, le souvenir de tous les détaile de cette nuit. L'empoisonnement s'est ici manifesté uniquement par des phénomènes d'ivresse; c'est une ébriété passagère, une sorte d'attaque d'alcoolisme aigu. Les symptômes gastro-intestinaux n'occupent qu'une place tout à fait secondaire, comme du reste dans l'alcoolisme aigu lui-même. Il n'y a pas eu de troubles de la vision. J'ai cherché à déterminer le champignon coupable. La fille n'y connait rien et se récuse; mais la mère me donna le champignon dont elle s'était méfiée comme étant blanc et peluché. En voyant des spécimens d'Agaric Bulbeux (1): "ce n'est pas celui-là, dit-elle; mais il se pourrait bien qu'il y en eût dans mon plat, car, si je l'avais trouvé, je l'aurais considérécomme bon ". La Fausse Oronge (2) est écartée d'emblée; elle la connait. Il est certain que l'empoisonnement dont il s'agit a été causé par une Amanite. La prédominance des symptômes cérébraux et la marche générale des accidents suffisent à le prouver. Je n'oserais pas affirmer que l'Agaric Bulbeux (1) soit en cause; mais si l'on compare ce cas à ceux qui vont suivre et où le coupable a été sûrement déterminé, on conviendra qu'il y a contre ce champignon de fortes présomptions. Peut-être est-ce aussi l'Agaricus Panthérinus (3), qui donne des symptômes analogues, comme on le verra dans les expériences. Observation 2. Empoisonnement par les champignons - Vertiges, délire, guérison. A la fin d’Octobre 1882, le nommé Crouzet, serrurier à Lodève, et sa femme, mangent une livre de champignons rouges et blancs, qu’on leur avaient apporté en les donnant comme très bons. Ils les font cuire en sauce blanche et les trouvent en effet délicieux. (7h du soir). En les mangeant, ils éprouvent (comme les deux femmes de l’observation 1) une envie assez forte de dormir. Ils y résistent, car ils doivent aller à la gare attendre un parent. Vers 9h, ils partent. En route, la tête leur tourne, leurs yeux s’obscurcissent, ils titubent, ils arrivent en gare en se rendant très bien compte que, sans leur appui mutuel, ils tomberaient l’un et l’autre. Leur vue et leurs idées sont troublées au point de les empêcher de voir leur parent, qui passe pourtant devant eux. Ils rentrent alors au logis, titubant de plus en plus; le mari souffre beaucoup. Mais, vomissant d’ordinaire très facilement, il se débarrasse en rentrant (10h) de tous les champignons qu’il avait pris. La femme trouve la force d’aller chercher une voisine pour demander un médecin. M. le docteur Réfrégé, occupé ailleurs (c’est le soir qu’avait lieu l’empoisonnement relaté dans l’observation 6), ne vînt qu’un peu plus tard. Quand il arrive, le mari est au lit, indifférent à tout ce qui l’entoure, se plaignant d’une grande lourdeur de tête et d’un poids au creux épigastrique (4). Comme il est débarrassé du poison par ses vomissements, on s’en occupe peu. Pas de coma. La lourdeur de tête se dissipe dès le lendemain, et ilne lui reste qu’un peu de fatigue. Bien autrement graveétait l’état de la femme.D’abord celle-ci était enceinte de 7 mois; de plus par une idiosyncrasie (5), elle vomissait très difficilement. Quand le docteur arriva, elle ne le reconnut pas (portant elle avait passé 3 ans à son service). Délire, excitation extrême, sensation de brûlure dans le thorax et l’abdomen, cris violents: ’’ j’ai le corps en feu!...je brûle!...je suis en enfer!...’’. Elle s’est, du reste rappelée vaguement toutes ces paroles le lendemain. Il y a chez elle des troubles visuels, elle n’y voit pas. Convulsions cloniques violentes; plusieurs personnes arrivent à peine à la maintenir. Un éméto-cathartique (6), est administré à minuit, mais il n’agit pas immédiatement. Un lavement fait aussi attendre son action. Ce n’est qu’à 2h du matin que la débâcle se produit des deux parts. La malade reprend aussitôt ses sens, et la guérison n’est plus qu’une question de temps. Faiblesse pendant trois ou quatre jours. Tout se dissipe peu à peu. Observation 3 Empoisonnement par l’Agaricus Bulbosus (1). - Vertiges - Ivresse - Vomissements - Guérison. Le Vendredi 13 Octobre 1882, la femme Augé mange des champignons ramassés du côté de Fozières et de Soumont. Elle les soumet à l’action du sel, les égoutte, les fait cuire et les emporte à la fabrique où elle les mange à midi. -Il y en avait une douzaine à peu près. Elle ne leur trouve aucun goût spécial. Dès 1h30 de l’après-midi, la tête commence à lui tourner; elle s’assied, espérant voir passer rapidement ce vertige, et boit une tasse de tisane. Les tournements de tête augmentent. A 5h elle veut rentrer chez elle; mais on est obligé de l’y accompagner; elle est en effet complètement ivre. - Pas de sommeil, pas de soif vive; quelques nausées sans résultats. Titubation constante. Elle disait elle-même à tout instant ’’je suis ivre’’. Du reste aucune souffrance. Pas de bourdonnements d’oreille; la vue est seulement un peu obscurcie. Dès son arrivée chez elle, elle vomit, avec l’aide des doigts, à peu près tous les champignons qu’elle avait pris. Deuxième, puis troisème accés de vomissements aqueux. Sommeil d’une demi-heure à peu près; puis les symptômes ne s’amendant pas, on fit chercher le docteur, qui ordonne des lavements (7h30 du soir). Deux ou trois selles abondantes. La malade s’endort vers 10h, et s’éveille le lendemainàpeu près guérie. L’adynamie (7) consécutive a été ici peu sensible. L’appétit est revenu dès le lendemain. La femme Augé a reconnu L’Agaricus Bulbosus (1), dont je lui présentais des échantillons, comme faisant partie de son plat. Observation 4 Empoisonnement par l’Agaricus Bulbosus (1) - Vertiges - Crampes - Adynamie (7) - Troubles intellectuels - Phénomènes uniquement cérébraux - Guérison. La femme X........., âgée d’une quarantaine d’années, demeurant rue des Côtes, à Lodève, mange au commmencement d’Octobre 1882 un quart de livre de champignons, parmi lesquels deux Agarics Bulbeux (1), qu’elle a reconnu quand on lui en a montré des exemplaires. Le repas fut pris à 4h du soir; elle mange le plat tout entier et seule. Ces champignons ont macéré 3h dans l’eau salée; l’eau avait ensuite été jetée, et les champignons égouttés et pressés entre 2 linges. Elle les trouve très bons, et jusqu’à 7h rien ne se manifeste. A 7h15, tout d’un coup, des vertiges se déclarent, des éblouissements se produisent, des crampes douloureuses se font sentir dans les jambes, la faiblesse musculaire est générale. Elle avait l’idée qu’elle devenait folle. L’adynamie (7) et l’incoordination des mouvements lui font faire des maladresses: elle laisse tout tomber. Deux fois la bougie qu’elle veut prendre roule sur le plancher; elle casse succesivement trois tasses dont elle veut se servir; et renverse dans le feu l’eau qu’elle veut faire bouillir. Le mari attribuant avec raison ces accidents aux champignons, entreprend de traiter sa femme à sa manière. Il lui fait prendre au moins 200grs. d’eau de noix, liqueur fort alcoolique, mais qu’elle avale sans même s’en douter et comme si c’eût été de l’eau; puis il lui frictionne vigoureusement le ventre et le thorax avec de l’ammoniaque. Les troubles cérébraux s’aggravent de plus en plus, et on appelle enfin le docteur. Celui-ci trouve la malade dans une agitation extrême (8h du soir), ne tenant pas en place, voulant marcher toujours, parlant constamment, poussant des cris et répétant sans cesse ’’ je deviens folle, il faut qu’on m’enferme! ’’. Parfois des lipothymies (8). Elle veut marcher et ses jambes se dérobent; si on la relève, elle retombe sitôt qu’on ne la soutient plus. Elle n’a vu personnedans la chambre, qui a été pourtant pleine de monde toute la soirée; elle ne se rappelle que vaguement la visite du docteur, qu’elle réclamait pourtant à grands cris et qui a passé plus de 2h auprès d’elle. La faiblesse des jambes est absolue, et elle veut pourtant toujours essayer de marcher. D’ailleurs, tolérance parfaite et même extraordinaire de l’estomac. Il n’y a chez elle ni nausées, ni malaise. Chaleur normale, pouls normal. Pas de dilatation pupillaire. Entre 8h et 10h du soir, elle avale 1 décigramme de tartre stibié (20) et 60 grammes de sirop d’ipéca; pas de résultats. Des titillations sur la luette, dans l’arrière-gorge et jusque sur l’oesophage n’aboutissent pas d’avantage. Pas même un effort pour vomir. Comptant que l’ipéca allait agir, le docteur fait donner un lavement purgatif avec 20 grammes de folicule de séné et 30 grammes de sulfate de soude, et se retire, prêt à revenir bientôt si la débâcle ne se produit pas, et songeant même, dans ce cas, à faire le lavage d’estomac. Mais vers 10h45, les vomissements se produisent, précédés par une débâcle intestinale. A partir de ce moment, les troubles cérébraux s’effacent peu à peu: à minuit, la malade est revenue complètement à elle, mais se souvient très mal de ce qui s’est passé. Dès lors, elle entre en convalescence; pendant 3 semaines encore, elle est vraiment fatiguée par cette secousse. Au moment où cette observation a été prise (25 Octobre), elle se plaint encore d’adynamie (7), de mauvaises digestions accompagnées de pyrosis (9) et de crampes douloureuses de l’estomac. En un mot, la convalescence est ici très lente. La malade a uriné qu’après la crise. Observation 5 Empoisonnement par l’Agaricus Bulbosus (1) - Vertiges - Troubles visuels - Résolution musculaire - Délire érotique - Guérison rapide. Le Jeudi 19 Septembre 1883, le jeune Marius J......, âgé de quinze ans, ramasse six champignons entre Grammont et Les Saulières (à proximité de Lodève), les fait cuire, les mange à 3h de l’après-midi; ces champignons étaient des Agarics Bulbeux (1); le père les a reconnus quand je lui ai montré des échantillons. Le plat paraît exquis au gamin, qui se porte à merveillependant 3 heures. Tout à coup, à 6h, la tête lui tourne, sa vue s’obscurcit, il ne peut plus tenir debout. Il appelle sa mère et se plaint uniquement de la tête. Résolution musculaire considérable. Une selle liquide se produit; puis il parvient à provoquer plusieurs fois des vomissements à l’aide de ses doigts, mais il vomit que du liquide. Ses idées s’égarent complètement, il ne sait où il est. Miction (10) involontaire sur le sol de la chambre. Ce n’est qu’à 8h qu’on trouve enfin un médecin. Le docteur Rouquette, amené, ordonne: café, potion à l’huile et au tartre stibié (20), lavements au chlorure de sodium, sinapismes (11) aux mollets. Les extrémités sont froides. Un fait curieux et inobservé encore, c’est l’apparition, dans le délire, d’idées érotiques: le malade adressait à une de ses voisines, dont il entendait la voix, des paroles que, au dire de tous ceux qui le connaissent, il n’aurait jamais prononcées sciemment. La vue est abolie: il ne voit pas les assistants, mais il les reconnait à la voix. La potion vomitive agit. Le lavement reste sans action. La soif est modérée; il boit quand on lui offre à boire, mais ne le demande pas. Jusqu’à 3h du matin, les extrémités restent froides, le délire continue, l’état adymique (7) est complet, la vue est toujours abolie. Tout à coup, brusquement, à 3h du matin il s’écrie « je suis guéri »; et en effet, à partir de ce moment il revient très vite à la santé. Il se lève, un peu faible encore; mais à midi il sort avec ses camarades, et le soir la fatigue elle même a disparu à peu près complétement. "Le docteur Planchon a tendance à incriminer l'Amanite Phalloïde dans les intoxications ci-dessus, ce qui n'est certainement pas le cas. En effet, dans le cas d'intoxication du type phalloïdien (Amanite Phalloïde, Amanite Vireuse, Amanite Printanière) ou paraphalloïdien (Lépiote brunâtre, Galère Marginée) l'incubation est nettement plus longue (8 à 48 heures) et les symptômes différents. Pour ma part ces intoxications sont probablement du type panthérinien (Amanite Panthère, Amanite Tue-Mouche, et espèces voisines), car l'incubation (30 minutes à 4 heures) et les symptômes correspondent à ce type d'empoisonnement." - Jean-Mi - Observation 6 Empoisonnement par l’Agaricus Bulbosus (1) - Phénomèmes cérébraux - Excitation - Coma - Guérison. Vers la fin d’Octobre 1882, Aubenque, menuisier, sa femme et ses deux filles, âgées, l’une de 18, l’autre de 15 ans, mangent un plat de champignons qui frais, devaient peser une livre à une livre et demi; c’était le fond du panier de la marchande du marché de Lodève. On soumet ces champignons à l’action du sel, et on les apprête avec du sel, du poivre et du persil. Le repas a lieu à 7h du soir: le père en mange plus que les autres, la plus jeune fille en mange peu et, seule de son avis, trouve les champignons mauvais, en exprimant la crainte d’un empoisonnement. Une heure après le repas, dès 8h30, cette jeune fille se sent déjà malade et se dit empoisonnée. Frissons, céphalgie, ventre douloureux: elle vomit dès le début, et, quoique souffrante encore, est hors de danger. A 9h tous se couchent. La fille ainée avait, elle aussi, la tête lourde. A peine au lit, le père et la fille entrent brusquement dans le coma le plus profond: ils étaient comme morts, me dit-on. L’alarme est heureusement donné par la mère et la fille cadette. La mère elle même, en se levant pour appeler et pour soigner les deux malades se sent prise à son tour. La tête est pesante; mais chez elle les phénomènes sont tout différents. Peu à peu elle s’excite, elle parle, elle s’agite, se préoccupe bruyamment de son mari et de ses enfants; elle passe la nuit toute entière à déraisonner et à parler à haute voix, constamment en proie à une exaltation très vive, dont elle n’a le lendemain conservé aucun souvenir. Elle avait vomi d’assez bonne heure, vers 9h45. Bien différent était l‘état des deux autres malades: le père et la fille étaient étendus sur leur lit, dans la prostration la plus complète, incapable de faire le moindre mouvement. Seul le père était dans la résolution musculaire la plus complète, avec anesthésie généralisée, tandis que la jeune fille était agitée par des soubresauts et des frissons, et présentait du trismus (12): une petite cuillère introduite de force entre les dents fut même coupée. Tel était l’état des trois malades à l’arrivée du docteur Réfrégé. Laissant de côté la plus jeune fille, qui n’inspirait plus aucune inquiétude, il fait prendre aux autres un éméto-catharique (6), des lavements et du café. Le père revient à lui le premier, vers 2h du matin. Une selle fétide se produit sans vomissements. Dès 5h du matin il va beaucoup mieux, et ne met que trois jours à se remettre complètement. Le surlendemain l’appétit lui revient. Ni lourdeur de tête, ni douleur épidastrique (4). Rien du côté du tube digestif. - Urines après la crise - Pas de vomissements. La fille ainée ne revient à elle qu’un peu plus tard (5h du matin). 30 grammes d’huile de ricin lui procurent des selles nombreuses et abondantes. Elle se remet peu à peu, reste brisée encore pendant 7 ou 8 jours, et conserve assez longtemps de la lourdeur de tête et une certainee susceptibilité à la fatigue. - Pas de vomissements - Urines après la crise. La mère ne cessa de parler à haute voix toute la nuit. Elle ne commença à se calmer un peu qu’au moment où sa fille sortait du coma. Dès lors son état va en s’améliorant. Elle ne se rappelle rien absolument. Sa guérison marche parallèlement à celle de sa fille ainée. La cadette se rétablit en quelques heures. Le père et la mère, à qui j’ai montré des spécimens d’Agaricus Bulbosus (1), ont reconnu qu’il y en avait dans leur plat. Ils ont mis hors de cause immédiatement l’Agaricus Muscarius (2). Observation 7 Empoisonnement par l’Agaricus Bulbosus (1) et l’Agaricus Muscarius (2) a) Vomissements - Vertiges - Adynamie (7) - Guérison. b) Vomissements- Adynamie (7) - Accidents gastrique - Invasion brusque des phénomènes cérèbraux - Mort. Le Jeudi 2 Octobre 1882, au repas du soir, le sieur Daumas, de Lodève, et sa fille Isabelle, âgée de seize ans, mangent un plat de champignons ramassés dans la journée par le père; ce plat se compose de trois Fausses Oronges ou Agaricus Muscarius (2) et le reste d’Oronges Ciguës (Agaricus Bulbosus var. Citrinus). Le père m’a lui même apporté des exemplaires de ces deux espèces comme étant celles de son plat. Celui-ci se composait d’une douzaine de champignons à peu près, formant un très petit volume, car la cuisson les avait fait beaucoup diminuer. Le père et la fille trouvent le plat délicieux, un vrai régal, me dit le père, et ne lui reprochant que d’être un peu salé. Du reste, confiance absolue de leur part, après l’assertion d’une marchande (14) qui prétendait s’y connaître, que ces champignons étaient bons et qu’elle même avait mangé et vendu plusieurs fois. Après le repas, le père sort, la fille passe la soirée chez une amie, et tous deux se couchent vers 10h en parfaite santé. La nuit se passe; l’un et l’autre dorment comme à l’ordinaire. A 5h30, heure habituelle de son réveil, Daumas se lève, descend selon son habitude vers la rivière, qui coule tout près, et se sent pris en route de douleurs abdominales. -Une selle demi-liquide. - Il attribue ce dérangement, qu’il croit léger, aux champignons qu’il a mangés. Il rentre, trouve sa fille encore au lit, et s’aperçoit qu’elle a vomi sur le sol tout le repas de la veille. Elle aurait, d’après son appréciation, rendu du premier coup tous les champignons qu’elle avait pris. Il fait du thé de la montagne, de la citronelle, d’autres tisanes encore, essayant d’en faire boire à sa fille et d’en prendre lui-même. Mais 10 minutes après chaque ingestion, les vomissements se reproduisent, précédés de nausées, et d’autant plus violents que les liquides ingérés étaient plus sucrés. Tous leur paraissaient trop doux. Ces vomissements étaient liquides. La fille se lève pendant 2 heures dans cette journée de Vendredi; puis se sentant brisée, souffrant de l’estomac, elle se remet au lit. Pas d’étourdissement, pas de troubles de la vision, soif vive. - La nuit du Vendredi au Samedi est bonne: ils peuvent dormir un peu l’un et l’autre. Le Samedi les symptômes s’aggravent: la fille surtout, dévorée par une soif intense, ayant constamment des selles copieuses, liquides, verdâtres, fétides, est très abattue. Daumas, très souffrant aussi, essaye pourtant à plusieurs reprises de se lever. Douleurs vives à l’épigastre (4). Peu de sommeil du Samedi au Dimanche, pour l’un et pour l’autre. Les symptômes s’aggravent encore, tout en restant localisés aux troubles intestinaux; rien du côté du cerveau. Vomissements et selles comme la veille. Epigastre (4) toujours endolori. Intelligence parfaite. La fille recevait, quoique couché, tous ceux qui venaient la voir. Enfin le père se décide, le Dimanche après-midi (70 heures après l’ingestion!) à faire appeler un médecin. Monsieur le docteur Réfrégé arrive, et voici, à quatre heures de l’après-midi l’état dans lequel il trouve les malades, en particulier la fille, dont le cas plus gravenécessitait une attention spéciale: à l’entrée du docteur, elle se plaint de l’estomac, uniquement de l’estomac. Les vomissements n’ont pas cessé depuis la nuit du Jeudi. On constate de la fièvre (110 pulsations), de la chaleur sèche; langue saburrale au milieu, rouge à la pointe et sur les bords. Céphalalgie (13) légère; pas de dilatation pupîllaire, pas de bourdonnements d’oreille. C’est l’estomac qui la tourmente surtout. Pas de météorisme (15) abdominal, épigastre (4) douloureux à la pression. Pas le moindre symptôme cérébral. - Lavement de graines de lin, friction sur l’épigastre avec du baume tranquille, cataplasmes, potion éthérée. Sous l’influence de cette médication, les vomissements s’arrêtent, un calme relatif se produit. Dans la nuit, nouvelles selles fétides: la malade dort un peu. Le lendemain (Lundi), elle semble aller mieux. Le père et la fille dorment encore à l’arrivée du docteur. La fille se plaint encore de l’estomac, mais reconnaît que son état est meilleur que la veille. Pas de vomissements ni de nausées. - Même traitement -. Comme régime, un peu de bouillon. La journée est bonne; rien ne fait supposer l’invasion prochaine des troubles cérébraux. La nuit se passe sans beaucoup de sommeil. Mais alors, brusquement la scène change. Le docteur Réfrégé, appelé en hâte à quatre heures du matin, entend déjà de l’escalier la malade pousser des cris, appeler sa mère, morte pourtant depuis quelque temps déjà; elle est très inquiète sur son état. En entendant prononcer le nom du docteur, elle l’appelle et lui tend la main: ’’ je ne vous vois pas, lui dit-elle, mais serrez-moi la main. Je vais mourrir. Je suis aveugle’’. Elle ne distingue rien absolument dans la pièce. Pas de dilatation pupillaire marquée. Mais l’iris ne se contracte pas par l’action de la lumière. Peau chaude; pouls fréquent, petit, faisant défaut par intervalles. Il n’est plus question de l’estomac ni du ventre; c’est la tête, c’est la vue qui préoccupent la malade. Le docteur la juge perdue. Il ordonne: café, dérivatifs sur les jambes. La malade crie plus fort que jamais. Ces symptômes continuent jusqu’à 10 heures du matin. Le coma succède à l’agitation; elle ne parle plus, ne bouge plus, ne reconnait personne. Elle meurt à 11 heures, sans dire un mot. Revenons maintenant au père, que nous avons laissé le Dimanche soir, à la première visite du docteur Réfrégé. Son état, bien quetrès grave, présentait un danger moins immédiat que celui de sa fille. Aussi s’en occupa-t-on moins. Les douleurs d’estomac marchent chez lui parallèlement aux vertiges, et progressivement depuis le début jusqu’au dimanche soir. Il se lève de temps à autre pour se recoucher ensuite; mais le Samedi et Dimanche il garde le lit. Pendant ces 3 jours, il n’a cessé comme sa fille vomir et d’aller à la selle. Le Lundi il se sent brisé, et, les vertiges ayant un peu diminué ainsi que les douleurs épigastriques, il croit pouvoir se lever et prendre un peu de bouillon (Lundi après-midi)). Le bouillon lui cause une indigestion et les symptômes réapparaissent avec une intensité nouvelle. Il ne commence à aller mieux que le Mercredi après-midi, au moment de l’enterrement de sa fille. Dès lors il marche vers la guérison, mais lentement. Je l’ai vu huit jours après, et c ’est de lui que je tiens tous ces détails, en même temps que de M. le docteur Réfrégé. Il avait encore une grande adynamie, une inappétence (16) presque absolue, l’estomac fatigué, comme chargé d’un plomb, les digestions laborieuses. Ces symptômes menaçaient de se prolonger longtemps. Pendant toute la crise, les urines ont été rouges, mais non supprimées. Observation 8 Empoisonnement de 5 personnes - Absence de phénomèmes cérebraux - Prédominence des symptômes gastriques - Guérison. Il s’agit d’une famille toute entière empoisonnée par des champignons vénéneux. Ici encore l’Agaricus Bulbosus (1) a été accusé par les malades; le père et la mère ont reconnu surtout les petits exemplaires. Parmi les champignons recueillis se trouvait aussi l’Agaricus Muscarius (2) mais on ne le fit pas cuire. Rey père, sa femme, son fils, sa bru et sa fille (20 ans), se mettent à table ensemble autour d’un plat de champignons récoltés par le fils. Ces champignons avaient été salés, puis égouttés et apprêtés en sauce blanche avec du jambon. Le plat fut mangé le Mardi 17 Octobre 1882, à 5h30 du soir, et trouvé excellent par tout le monde. Le fils se retire chez lui avec sa femme, et chacun s’endormit. -Suivons maintenant chacun des membres de la famille, d’après l’ordre dans lequel les premiers symptômes ont apparu. Le fils s’éveille à 2h30 du matin, la tête lourde, l’estomac embarrassé. Il veut se lever et éprouve des vertiges.Peu après il vomit tous les champignons qu’il avait mangé. Au matin il se rend chez ses parents, y trouve sa soeur déjà malade, et, sentant ses vertiges augmenter, il veut rentrer chez lui. Faiblesse très grande. On est obligé de le ramener chez lui (10h30), où il se couche; bourdonnements d’oreille, crampes douloureuses aux jambes. Le soir il fait appeler le docteur Phalippou pour lui et sa femme, dont l’indisposition commençait. Un éméto-cathardique (6) est administré avec succès. Même état le Jeudi et Vendredi. Il entre décidément en convalescence le Vendredi soir. Le père, dès son réveil à l’heure habituelle, se sent un peu de malaise. Néanmoins il mange encore deux ou trois champignons froids, reste de la veille, attelle son âne et part pour sa vigne, située à 3/4 d’heure de chemin de Lodève. En route, il se sent pris de coliques violentes, a une selle contenant des champignons mal digérés. Il n’arrive à son champ qu’à grand’peine, en se trainant; en arrivant, il tombe presque épuisé. Un coup de vin, qu’il essaye de boire, détermine aussitôt ses vomissements, et la journée entière se passe à vomir et à aller à la selle. Il est en proie à des vertiges, à des bourdonnements d’oreille, à des douleurs abdominales; il titube à chaque pas. Il rentre chez lui comme il peut, à 5h30, et se met au lit en arrivant. - Adynamie (7) absolue, crampes douloureuses dans les membres. M. le docteur Rouquette vient le voir à 6h30. Il vomit encore. Potion stimulante avec 5 grs d’acétone d’ammoniaque et 40 grs de sirop d’éther. - Diurétiques - Convalescence rapide. La fille (20ans) est aussi très gravement atteinte. Les accidents commencent chez elle à 7h du matin: l’estomac est embarrassé, lourd. Elle va pourtant à son travail, mais est obligée d’en revenir à 10h. Elle prend de l’eau tiède pour vomir, et ne peut rendre qu’un seul champignon. Pendant 3 jours et 3 nuits elle ne fait que vomir. Les selles sont ici moins fréquentes que les vomissements, mais nombreuses et fétides. Aucun trouble de la vue. Fatigue et faiblesse considérables, mais ne l’empêchant pas de faire de loin en loin quelques pas pour aller chercher de la tisane. Crampes douloureuses, douleurs abdominales très vives, borborygmes (17), bourdonnements d’oreille à chaque tentative pour se lever. Le Jeudi et le Vendredi, elle ne bouge pas de son lit. Le samedi, elle se lève et reprend son travail le Lundi. Jusqu’au moment du mieux manifeste, ellea très souvent vomi, mais aucun champignon que le premier est sorti par cette voie. Elle a eu une amydgalite (18) à la suite et une éruption d’acné, sur lesquels je reviendrai à propos des symptômes communs. La mère ne commence à se sentir malade que le Mercredi soir. Elle ne vomit que deux fois, le Mercredi soir et le Jeudi matin, rend tout ce qu’elle avait pris. Vertiges, maux de ventre, mal au gosier, mauvaise haleine (ce dont elle se plaint beaucoup). Tremblement des mains: comme la femme X... (observation 4), elle laisser tomber tout ce qu’elle touche. Elle est sérieusement malade un jour et demi, et se remet ensuite peu à peu. Elle a encore, au moment, où j’ai pris l’observation (huit jours après), mauvaise bouche, inappétence, lourdeur d’estomac, etc... La belle fille, comme la précédente, ne ressent de malaise que 24h après l’ingestion du poison. Elle avait à peine gouté aux champignons et n’avait guère mangé qu’un peu de jambon. Pourtant, elle aussi est souffrante pendant trois jours, et vomit tout ce qu’elle essaye de prendre: bouillon, lait, tisane, vin, etc...- Vertige, adynamie (7). Enfin après avoir mangé leur plat et laissé à regret la plus grande partie de la sauce blanche, ils avaient régalé leur chien avec cette sauce. Le pauvre animal eut moins de bonheur que ses maîtres: dès le Mercredi matin, il tourne sur lui-même (vertiges), il crie, s’allonge par terre (douleurs abdominales), se laisse tomber fréquemment: adynamie (7) et ataxie (19), sort la langue très longue et succombe dans l’après-midi, au grand effroi de la famille Rey, dont plusieurs membres étaient déjà malades. Si le début des accidents n’a pas eu lieu pour tous à la même heure, le retour à la santé a commencé pour tous le Vendredi soir. Le père et la fille ont été les plus atteints; le fils a été un peu moins malade que les autres. Aucun d’eux n’était encore bien rétabli le 25 Octobre. La mère m’a montré ce qu’ils avaient mangé de pain depuis huit jours, à eux cinq: à peine une livre! Inappédence très grande, adynamie (7) très marquée, digestions pénibles, lourdeur d’estomac: voilà ce qui leur restait encore à tous, en même temps qu’une horreur profonde et durable pour les champignons. Enfin je signale, en terminant cette observation, quelques symptômes communs à tous: tous ont eu des crampes douloureuses dans les jambes, surtout le père et la fille, qui ont beaucoup souffert. Chez aucun, il n’y a eu des troubles de la vue, chez aucun il n’y a eu d’ivresse. L’éruption d’acné a été générale à tous les intoxiqués, avec plus ou moins d’intensité. Enfin le mal de gorge (amygdalite) s’est aussi retrouvé chez tous (mais surtout chez la mère), en même temps que la fétidité de l’haleine et des selles. Observation 9 Un jeudi, jour de vacances, au Bousquet-d’Orb, près de Bédarieux, deux jeunes enfants, deux frères, mangent ensemble des Champignons qu’ils ont eux-mêmes cueillis et que leur mère leur a préparés. Ils sont indisposés et éprouvent des troubles gastriques pendant les 3 jours suivants. Le médecin, appelé le dimanche, ne parle pas de gravité et administre aux deux enfants un vomitif, le sirop d’ipéca.- Le lendemain lundi, dans la nuit, on l’appelle à la hâte auprès de ces petits malades, qui, sous l’influence d’un état cérébral des plus graves, sont sur le point de mourrir. Quelques heures après, en effet, ils étaient morts.- Pour le médecin, homme d’une grande expérience et qui jouit dans le pays d’une autorité méritée, comme pour son confrère qui l’assiste dans l’autopsie, les deux enfants meurent victimes d’un poison végétal; mais l’idée d’un empoisonnement par les Champignons n’est venu à aucun des deux, et les Champignons ne sont même pas mentionnés dans leur rapport. Il est impossible de n’être frappé du rapport entre le cas de ces deux enfants et celui d’Isabelle Daumas (Obs.7). Les deux observations semblent calquées l’une sur l‘autre. " Dans l'observation 6 la précocité des symptômes innocente à nouveau l'Amanite Phalloïde, ce qui n'est pas le cas dans les observations 7, 8 et 9 dans lesquels l'incubation est plus longue, et peut résultée d'une intoxication phalloïdienne ou paraphalloïdienne." Jean-Mi Glossaire des principaux termes scientifiques. (1) Agaricus Bulbosus - de nos jours : Amanita Phalloïdes. fr.: Amanite Phalloïde (2) Agaricus Muscarius - de nos jours: Amanita Muscaria. fr.: Amanite Tue-Mouches (3) Agaricus Pantherinus - de nos jours: Amanita Pantherina. fr.: Amanite Panthère (4) Epigastre: région de l’abdomen située entre les cartilages costaux et l’ombilic. (5) Idiosyncrasie: mode de réaction particulier à chaque individu à l’égard d’un agent étranger. (6) Eméto-cathartique: se dit d’un médicament quifait vomir et qui a égalementun effet laxatif. (7) Adynamie: faiblesse musculaire accompagnant certaines maladies. (8) Lipothymie: impression d’évanouissement immédiat, ou brêve perte de connaissance, avec conservation des mouvements respiratoires et cardiaques. (9) Pyrosis: sensation de brûlure remontant le long de l’oesophage, depuis l’épigastre jusqu’au pharynx. (10) Miction: action d’uriner. (11) Sinapisme: cataplasme à base de farine de moutarde noire. (12) Trismus: constriction des mâchoires due à la contracture des muscles masticatoires. (c’est également le premier signe du tétanos). (13) Céphalgie: mal de tête. (14) Marchande: peut-être s’agit-il encore de la marchande rencontrée dans l’Observation 6. (15) Météorisme:accumulation de gaz dans l’intestin. (16) Inappétence: défaut d’appétit. (17) Borborygme: bruit causé par le déplacement des gaz et des liquides dans le tube digestif, gargouillis. (18) Amygdalite: inflammation des amygdales. (19) Ataxie: absence de coordination des mouvements. (20) Tartre stibié: tartrate de potassium et d’antimoine, utilisé comme vomitif. Glossaire scientifique et annotation (14) de Jean-Mi - Août 2004

Auteur Champignons



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